Comment « un chemin séculaire vers l’illumination » s’est-il transformé « en une industrie du bien-être générant des milliards de dollars ? »
Le mot yoga vient d’une racine sanskrite qui signifie « atteler ensemble, joindre, unir », cela illustre bien l’idée qui sous-tend cette discipline spirituelle: « unir en un même attelage » l’intellect de celui qui pratique, à « l’âme universelle » du monde.
Son fondement tient en la prise de conscience du caractère insatisfaisant de la condition humaine. Le yoga apparaît comme un moyen de transcender la souffrance, de témoigner d’ un détachement afin d’atteindre le salut.
La notion de yoga apparaît dans des textes très anciens comme la Bhagavad-Gîtâ, texte fondamental de l’hindouisme, écrit entre le 5e et 2e siècle avant J.-C., ou comme les Yoga Sutras de Patanjali, vers 200 av. J.-C. Certains principes apparaissent, communs à toutes les religions : ne faire du mal à aucun être, ne pas mentir, ne pas voler, s’abstenir sexuellement et entretenir son corps, l’étude des écritures, la répétition méditative du son « om » et enfin « le fait de déposer toute action devant le seigneur ».
Dans ces textes,seulement trois courts versets sont consacrés aux postures.
Dans le Hatha Yoga Pradipika il n’y a que quatre asanas.
Le but du yoga n’a jamais été de tonifier notre corps, mais d’être un moyen de transcender complètement ses limites.
Le premier grand transfert culturel se produit en 1893, lors de l’exposition universelle de Chicago.
Plusieurs représentants des cultes du monde entier se rassemblent au premier parlement des religions : évêques, prélats, rabbins et des représentants de spiritualités asiatiques.
L’hindouisme va émerveiller l’auditoire. Swami Vivekananda, dans sa robe monastique orange prêchant de sa voie profonde la tolérance, dans un anglais parfait, ouvre la voie au yoga moderne.
Vivekananda évoque alors la supériorité spirituelle de l’Inde sur l’Occident, qu’il affirme être corrompu par le matérialisme. Afin d’aider ses congénères occidentaux à s’élever spirituellement, il va utiliser la marchandisation de la culture qui se développe en Amérique pour faire passer ses idées. Il entend initier un maximum de yogis à travers tous les États-Unis. Il inaugure une vaste entreprise de séduction qui s’étend tout au long du XXe siècle.
Le yoga, tel que nous le connaissons aujourd’hui, ne date que de 1924. On en doit la pratique à Tirumalai Krishnamacharya, qui va en faire un système accessible à tous, reproductible et exportable.
En 1924, il fonde une école de yoga à Mysore, en Inde. Avec lui, on ne fait plus du yoga parce qu’on est déjà dans un chemin spirituel avancé, on fait du yoga pour se mettre sur le chemin.
On pourrait résumer sa vision par une formule qui se marie très bien avec les préceptes individualistes de notre société : « ce n’est pas la personne qui doit s’adapter au yoga, c’est le yoga qui doit être ajusté à chaque personne. »
L’autre figure déterminante dans l’évolution du yoga, c’est Shri Yogendra, qui publie en 1931, Yoga Asanas Simplified et Yoga Personal Hygiene.
Avec des illustrations, il facilite la compréhension et la reproduction de séquences de mouvements. Plus encore, sa forme simplifiée du yoga se débarrasse peu à peu de toute mystique.
La physicalité de la pratique, s’est développé avec la fusion intelligente de la gymnastique britannique Raj avec le yoga tel que promu dans la YMCA.
Au fil des ans, différents types de yoga sont apparus. A la suite de divers mouvements et alliances, avec le sceau d’approbation de la médecine occidentale, le yoga du corps, tel que nous le connaissons aujourd’hui a surgi.
Cette puissance douce semble d’autant plus acceptée qu’il existe la Journée Internationale du Yoga, décrétée par l’ONU en 2015, qui se tient tous les ans le 21 juin.
L’histoire du yoga montre sa remarquable capacité à s’adapter en fonction du contexte politique et culturel. Si le yoga n’est plus le même que celui de Patanjali, ceux qui l’adoptent aujourd’hui, trouvent une pratique d’exercice physique qui engendre un bien-être mental. Néanmoins, pour celui qui cherche une autre voie, la spiritualité, le yoga peut lentement aligner le yogi sur les principes communs à toutes les religions.
Le Katha Upanishad, définit le yoga comme « ce calme complet dans lequel on entre, en faisant un avec l’univers ».

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